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magicbaleine Habitué

Joined: 03 Aug 2008 Posts: 175 Location: coincée sur Terre
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Nouveau lien
Digar, alias Tigre Noir, rentra sans encombres au Camp de la Nuit. Sa connaissance du Désert des Mille Mort était encore vivace, et il avait eu juste le temps de quitter ce lieu avant le réveil de ses dangereux habitants…
Heureux de rejoindre sa maison, où un bon lit l’attendait, il venait de poser pied à terre et s’apprêtait à rentrer sa monture, ainsi que celle de Guidora, dans leurs stalles. Mais la vieille Taline s’approchait déjà pour demander des nouvelles de sa sœur de lien :
- Ne l’as-tu donc pas retrouvée ? demanda-t-elle d’un air inquiet.
- Si, l’Ancienne, je l’ai pistée sans peine. Tu m’avais indiqué la bonne direction à suivre. Heureusement que tu sentais encore sa présence, lorsque sa disparition fut annoncée.
- Alors ? Où est-elle donc ? Tu ne l’as pas laissée partir seule au moins ?
- Non.
Digar fit une pause, tout en brossant son propre cheval.
Taline le regardait, l’air de plus en plus soucieuse… Brusquement, alors qu’il se penchait pour frotter les pattes, elle lui saisit la tête entre ses mains rugueuses et le regarda droit dans les yeux, avant de le relâcher, intriguée.
- Raconte-moi tout. Il s’est passé quelque chose. Je ne ressens plus votre lien !
- Du calme, l’Ancienne, répondit-il en se redressant. Elle est bien vivante. Mais le lien est effectivement rompu. Vous, les vieux, vous disiez que cela ne pouvait arriver… Vous avez dû perdre la main ! se moqua gentiment Digar.
Depuis qu’il avait laissé son ancienne compagne chez Ashtar, Digar se sentait plus serein. Comme si un poids avait disparu de sa conscience. Quant à la vieille Taline, elle semblait de plus en plus agitée, elle qui d’habitude tenait son calme lors de toute épreuve…
- Eh bien ? Raconte ! Oh et puis, tiens, rentrons nous mettre au chaud chez toi.
L’Ancienne siffla énergiquement entre ses lèvres, et un jeune accourut vers elle. Digar reconnut celui qui avait apporté son aide, lors des derniers soins donnés à Norlan, le mari de Guidora. Apparemment, ce petit s’était mis à son service. Un nouvel apprenti… Qui se chargea des deux montures, tout fier de son nouveau rôle.
Taline attendait déjà à l’intérieur de la chaumière, visiblement impatiente. Digar entra chez lui, désigna une chaise à son invitée et mit de l’eau à bouillir. Connaissant ses habitudes, il sortit les sachets en tissu, renfermant les herbes sèches.
La vieille le regarda faire, et attendit, l’œil inquisiteur. Elle ne partirait pas sans avoir entendu ce qu’elle voulait, alors Tigre Noir expliqua comment il avait rattrapé la jeune femme, et même veillé sur elle lors d’une nuit, à son insu.
- Je m’étais arrangé pour qu’elle se doute de quelque chose. Espérant qu’elle aurait peur et rebrousse chemin par elle-même, comme je l’ai déjà vu faire par le passé… Mais cela n’a pas fonctionné cette fois.
- Tiens donc ?
- Non, elle a poursuivi son chemin, tentant même de me prendre à revers. C’aurait pu être dangereux pour elle, si un véritable ennemi l’avait pistée.
- Etait-ce de l’inconscience ou bien une bravade ? demanda Taline.
L’homme hésita, avant de répondre:
- Pas vraiment, elle a insisté toute la journée pour tenter de se retrouver face à moi. Si ça avait été ce que tu prétends, je pense qu’elle aurait fini par abandonner. Du coup, j’ai pris les devants et préparé le campement pour la nuit, avec un feu pour la guider.
- Guidora a toujours tenu ses prises de position, mais jamais ses actes… A la première difficulté, elle esquivait et …
- Pas cette fois, Taline. Elle a dit ne plus être la même et cela se voyait. Même si nous avons repris nos disputes, elle était plus décidée que jamais. Alors je l’ai conduite à mon ancien maître d’armes, pour qu’il la canalise un peu.
- Ashtar. Dans le désert. Sans même concerter les Anciens ?
- Taline, je te dis qu’elle ne se sent plus des nôtres. Je l’aurais ramenée de force, qu’elle serait déjà en train de trouver comment repartir… Les Anciens ne la concernent plus, tu sais, avec sa perte de mémoire.
- On verra ça plus tard, j’en informerai les autres. Pour le moment, dis-moi comment votre lien s’est-il défait ? Il existait encore à ton départ. Tu as bien dû sentir quelque chose ?
- Oui. Quand elle s’est dirigée vers mon vieux maître, soupira Digar.
- C’est tout ?
- Non, elle a pris ses affaires, laissé son cheval et s’est avancée vers la caverne.
- Personne d’autre ? insista l’Ancienne.
- Si. Une autre femme, visiblement en apprentissage elle aussi, mais je ne l’ai pas bien vue.
- Ce doit être ça, grommela-t-elle en fixant la tasse tendue par Digar. Je ne vois pas pourquoi le lien se serait transféré à Ashtar, on n’est jamais lié à son maître, mais plutôt à un équivalent de soi… Par contre, comment …
Elle leva les yeux et lui demanda :
- Et toi, quel effet as-tu ressenti ?
- Un soulagement. Libéré.
- Alors aucune des personnes présentes n’a pu défaire ce que nous avions lié... Si cela s’est passé tel que tu le décris, Guidora n’est plus ta sœur de lien, elle est désormais celle de cette femme.
- Mais qui a rompu, enfin… Déplacé ce lien ?
- Notre guide à tous, sourit enfin Taline. Le Seigneur des Eaux…
Digar, perplexe, songea à l’autel, là-bas, près de la rivière. Il ne croyait guère à tout ça, même si les rituels avaient pour lui un aspect sécurisant. Cela faisait longtemps qu’aucune présence divine n’y était apparue. Il chassa cette pensée et resservit Taline, qui venait de finir son infusion... _________________ Shalane, humaine guérisseuse
Mandine, naine, oui là en bas !
Guidora, humaine (parfois ourse)
"Quand un homme désire tuer un tigre, il appelle cela sport; quand un tigre désire le tuer, il appelle cela férocité."
Last edited by magicbaleine on 01 Jan 2009 22:34; edited 1 time in total |
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magicbaleine Habitué

Joined: 03 Aug 2008 Posts: 175 Location: coincée sur Terre
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Pierres d’esprit
De nouveau la forteresse imposante… Sa grande porte. Comment peut-on ouvrir une telle chose ? Personne dans les environs… Brusquement, l’intérieur apparaît autour de Shalane. Pourtant elle n’a touché à rien, une pensée a juste traversé son esprit: repousser les battants. Pour voir…
L’intérieur est bien abandonné, pas âme qui vive. Tout est sens dessus dessous. Peu de mobilier reste, et visiblement pas en bon état. A nouveau projetée, elle se retrouva au sommet d’une tour, et aperçut par les créneaux le paysage qui s’étendait au loin. Plaines et petits vallons, un chemin qui serpente, sous un ciel sombre et pesant. Pourtant, une brise apporte un peu de légèreté. En dépit du désordre qui règne à l’intérieur, les abords avaient l’air entretenus.
Ayant parcouru le château, la jeune fille resta perplexe : que faisait-elle là ? Une force semblait contrôler ses déplacements éclairs, tout en lui offrant parfois satisfaction quant à ses désirs… Le sentiment de ne pas être à sa place disparut, quand elle fut sûre que décidément personne ne vivait en ces lieux, ou n’y reviendrait. Mais à chaque tentative de sortie, elle était immanquablement ramenée à l’intérieur.
Puisqu’elle était donc tenue de rester là…Autant arranger un peu les choses. Et Shalane se mit à la tâche : remettant en place certains meubles, rassemblant les vestiges du reste pour faire place nette. Elle eut l’impression que le bâtiment entier reprenait un nouveau souffle de vie. Très faiblement, mais quelque chose semblait s’animer en ces lieux. Quelque chose de longtemps perdu et oublié. Elle se demanda si quelqu’un d’autre viendrait un jour ici.
Des rires fusèrent et toute une troupe de joyeux soldats passa dans un couloir. Des femmes rangeaient également de-ci de- là… La lumière des pièces avait changé, même les meubles étaient dorénavant comme neufs. Pensant être repartie en arrière dans le passé de ce château, Shalane en profita pour se promener. Et écouter.
Elle finit par repérer une femme plus énergique que les autres, donnant des ordres… Non, plutôt des conseils… Mais appliqués à la lettre par tous ceux qui s’affairaient. C’est alors qu’elle tourna la tête vers Shalane, la soupesant du regard…
« - Tu dois remettre en place tout cela. Préparer la forteresse pour l’arrivée des troupes. Si elle a été bâtie ici, c’est pour préserver quelque chose en ces lieux. Tu devras découvrir par toi-même ces secrets. Pour l’instant tu es seule ici, mais d’autres vont arriver. Certains sont déjà en route.
- Seule ? Mais vous tous ?répondit Shalane, en écarquillant les yeux.
- Nous ne sommes PAS là. Comme toi, je suis venue pour remettre tout en place, mais cette forteresse où tu te dresses n’est pas celle où tu es arrivée. La tienne est déserte. Tu dois la remettre en état ! C’est vital.
- Je ne connais rien aux pierres, ni aux sièges de combat ! Mieux vaut demander à quelqu’un d’autre… »
Après un silence, l’autre femme s’avança vers Shalane : « ce n’est pas un bâtiment que tu dois reconstruire…C’est ta propre vie que tu dois animer et fortifier, salle après salle, étage après étage ! Et comme tu as dû le constater, il faut te mettre à l’ouvrage. » Un petit rire accompagna ces dernières paroles.
Un instant, la jeune fille crut changer à nouveau de forteresse, et vit le château pris d’assaut, rempli de troupes, résistant tant bien que mal à l’adversaire, sous les hurlements des guerriers au combat. Tout se mêla, et elle réapparut dans une salle, vide et silencieuse, la grande porte ouverte. Elle reconnut « son » château. Et vit par l’entrebâillement des gens qui arrivaient au loin… _________________ Shalane, humaine guérisseuse
Mandine, naine, oui là en bas !
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magicbaleine Habitué

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L’ennemi caché
L’entraînement mené par le vieil Ashtar, ermite du désert, ne manqua pas de surprendre les deux jeunes femmes. Aucune n’avait jamais rencontré de maître d’armes, et encore moins assisté à un entraînement de ce niveau. Et que dire de sa détermination à ne rien laisser passer ? Le moindre détail était revu et corrigé, encore et encore, jusqu’à épuisement tant physique que moral.
C’était lors de ces moments d’intense apprentissage, que peu à peu les habitudes se formaient, ou au contraire se défaisaient. Quand elles pensaient avoir atteint les limites que leur corps imposait, l’Ancien demandait alors de changer d’exercice et, ô paradoxe… Le manque d’énergie ressenti, se transformait subitement en un afflux de forces nouvelles !
Chaque parcelle du corps devait répondre en harmonie aux autres, afin de rapprocher le mouvement de son essence même. Tout superflu devait disparaître…
- « Quand ton bras passe ici, démontrait-il… Les jambes doivent déjà être en mouvement. Ici. Pas là-bas... N’oublie pas que ton adversaire a une arme… »
Simulant une attaque au poignard, le maître d’armes évoquait le mouvement du geste mortel.
- « J’y étais enfin arrivée, hier, pourquoi cela ne marche-t-il plus ?déplorait Guidora.
- Ton pied n’est pas dans l’axe. Ni trop loin, ni trop proche, mais serre malgré tout ton adversaire, ne lui laisse pas de répit. »
Et cela continuait ainsi, toute la journée. Parfois avant le lever du soleil. Souvent jusqu’aux abords de la nuit fraîche, qui étendait son rideau sur le sol désertique...
Shalane avait rapidement rejoint la formation de l’apprentie guerrière. Toutes deux évoquaient peu leur passé. Pas le temps de beaucoup discuter, lorsque l’entraînement physique ne laissait aucun répit.
Certains jours, Ashtar leur proposait des défis de réflexion, des énigmes à résoudre, de plus en plus complexes. D’apparences simplistes au début, la solution n’était jamais celle attendue. Parfois, elles n’auraient même pas pensé qu’une énigme pouvait se dissimuler derrière. Elles apprirent ainsi à ne pas se fier aux apparences, à prendre une vision globale des choses, à ne pas se contenter d’un seul angle de vue. Et cela n’était que le début…
Le vieil homme, pour leur montrer le chemin qui restait à parcourir, n’hésitait pas à les placer dans des situations qu’elles étaient assurément incapables de résoudre. Alors, quand elles renonçaient enfin, il venait leur démontrer la facilité déconcertante d’une solution in envisagée. Et dès qu’il leur demandait de retenter seules, aucune ne pouvait reproduire ce qu’elles avaient pourtant vu de leurs propres yeux ! Si facile, mais en même temps tellement inhabituel, que tout semblait éclater en morceaux, à la moindre tentative. Tout était lié, mais pas de la manière attendue.
C’était un véritable cheminement de pensée, qui accompagnait l’apprentissage physique.
Rapidement, Shalane et Guidora devinrent très complices : connaissant par cœur leurs forces et faiblesses réciproques à travers tant d’affrontements, elles évoluaient en parallèle, tout en devenant de plus en plus solidaires l’une de l’autre. L’esprit de cohésion se formait. Pensant à l’unisson, lors des combats, elles devenaient de plus en plus aguerries face à un adversaire commun, lors des raids nocturnes dans le Désert des Mille Morts...
Mais encore tellement inexpérimentées, dès que leur Maître d’arme les affrontait, ou face à certaines créatures plus retorses. Les «lavandières », en particulier, n’étaient jamais au programme des réjouissances, Ashtar veillant tout particulièrement à éviter de les mettre sur leur chemin.
De temps à autre, il entraînait plus particulièrement l’une des deux, à un savoir-faire différent. Ainsi, Guidora devenait plus experte en combat à l’épée, tandis que Shalane maîtrisait davantage le bâton, grâce à quelques rudiments appris dans sa tribu natale, avant d’entreprendre le périple des jeunes. Cette dernière montrait également des dispositions pour devenir guérisseuse, mais le chemin à parcourir dans ce domaine était encore en broussailles.
Une épreuve attendait les apprenties. Elles ignoraient quand, et sous quelle forme, mais l’ermite les avait prévenues.
Le moment venu, elles devraient se mesurer à un évènement inconnu, pour voir si elles méritaient de continuer… Ou d’arrêter là, tout simplement.
Le temps passa…
Or, il advint qu’une nuit, elles se réveillèrent en proie à de terribles maux de ventre. Aucune douleur ne leur avait jamais semblée si dévoreuse de chair, de nerfs. Plus elles luttaient pour se réveiller complètement et sortir de cet état à demi comateux, plus elles perdaient le contrôle de leur propre corps. Eperdues, renonçant à comprendre, elles ne souhaitaient plus qu’une chose. Libérer l’esprit, pour permettre au corps de se reposer, et purger lui-même le poison.
C’est alors que les deux femmes ressentirent une présence. Si malfaisante, qu’un court instant la douleur parut une douce caresse. Les tympans, en pleines vibrations, s’affolèrent subitement.
Elles n’étaient pas seules ! _________________ Shalane, humaine guérisseuse
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magicbaleine Habitué

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Un troisième fil...
Guidora se promenait le long de la mer… Le rivage était étrangement rectiligne, surélevé, au-dessus d’une eau claire. Aucun palier, directement les profondeurs abyssales.
Le lieu était calme et reposant, éclairé d’une lumière fine et bleutée. Ce devait être en extérieur, pourtant les alentours étaient comme… inexistants. Le clapotis des vagues rythmait ses pieds nus sur la roche.
Pas tout à fait le même endroit que dans le dernier rêve, et pourtant des similitudes… Ayant erré un moment, sans apercevoir âme qui vive, la jeune femme se demanda ce qu’elle faisait encore là. La dernière fois, une force attendait quelque chose d’elle et l’avait guidée vers sa tâche.
Attirée par l’eau apaisante, la guerrière se baissa alors pour en effleurer la surface, laissant ses pensées vagabonder. Un reflet dans l’eau attira son attention : une créature aquatique se déplaçait avec grâce dans les profondeurs… Peut-être un dauphin. L’eau prit des teintes différentes, au fur et à mesure que l’animal évoluait. Un appel se fit sentir, pressant, pour lui signifier de plonger elle aussi. S’asseyant sur le rebord, elle se laissa donc glisser dans cette mer aux étranges couleurs, et fit quelques brasses. Mais c’était en bas, qu’elle était attendue…
Hésitante, elle revint s’accouder à la roche plate. Un instant, elle crut apercevoir Digar, au loin, qui restait debout sur le rivage. Il ne semblait pas la voir... Cédant à l’appel, Guidora plongea brusquement sous la surface, et s’enfonça aussi loin que lui permettaient ses poumons. Elle descendait, encore et encore, sans avoir besoin de remonter à la surface pour respirer. Le dauphin s’approcha et la regarda d’un air malicieux, puis repartit encore plus loin. Tout était si beau sous la surface : les teintes irisées de l’eau, cette sensation de plénitude.
Repensant à Digar, qui était resté là-haut, elle décida de remonter le chercher, pour lui montrer ce lieu magique. S’aggripant à la pierre, elle remonta sur le rivage et se dirigea vers lui. Aucun son ne sortit de sa bouche, comme si les mots n’existaient pas en ce lieu. D’ailleurs, à part la respiration des vagues, aucun autre bruit ne se faisait entendre. Mais l’homme ne comprenait pas l’intérêt d’aller plus loin…
Des paroles surgirent dans sa tête : expliquant que Digar ne savait, ni ne voyait. Qu’elle avait un choix à faire. Rester pour le convaincre, ou partir sans lui. Guidora fit une dernière tentative, mais l’homme ne voulut rien savoir. Un instant, elle crut qu’elle resterait là, elle aussi, et partirait nager… De temps à autres. Peut-être qu’à force… Mais l’appel se fit de nouveau sentir, encore plus fort cette fois-ci, et résonnant de si loin, qu’elle sut son départ sans retour possible. La mer se referma donc sur la jeune femme…
Dans la caverne d’Ashtar, les deux apprenties tentaient de survivre aux attaques du spectre qui les assaillait : la Lavandière de la Nuit, c’en était bien une, s’en prenait à l’une, puis à l’autre, affaiblissant les jeunes femmes.
S’il n’y avait eu le poison qui coulait dans leurs veines, elles auraient pu tenter une riposte, mais dans l’état où elles se trouvaient… Shalane repensa au vieil ermite, qui avait été bien silencieux ce soir-là, au repas. Et comprit. Lui seul avait pu glisser dans leurs gamelles, la dose qui leur tordait l’estomac !
Comment avait-il pu ? Voulait-il donc leur mort ?
- Guido… Le poison, murmura-t-elle, vient de notre maître !
- Quoi ! hurla sa sœur de lien, entre deux tentatives pour échapper aux attaques de la créature maléfique.
Un cri strident résonna dans la salle, coupant court la conversation. La Lavandière ne voulait pas se fatiguer, et préférait les rendre moins résistantes aux prochains coups qu’elle leur porterait…
« - Essaye de retenir ce monstre, je veux tester quelque chose… » ajouta Shalane en grimaçant, une fois le hurlement terminé.
Guidora se plaça donc du mieux qu’elle put, faisant écran entre la lavandière et son amie. Mais elle ne pourrait tenir longtemps, désarmée et faiblissant à chaque seconde.
Quand elle sentit qu’elle allait s’effondrer, elle fut tirée en arrière par Shalane, qui prit sa place et devint à son tour le rempart qui protègerait sa « sœur », lui permettant ainsi de récupérer à son tour.
Ce stratagème dura un moment, alternant les temps où chacune protégeait l’autre, en attendant de trouver une meilleure riposte. Car cela ne durerait pas. Tôt ou tard, la douleur des tympans, le poison ou la Lavandière aurait raison de l’une d’elles, l’amenant à une faute. Et ce serait la fin pour les deux femmes !
C’est alors que Shalane, qui tentait encore une fois de se connecter à l’esprit de la Lavandière, perçut quelque chose de différent. Une petite lueur furtive, qui s’éteignit aussitôt… Reprenant courage, elle se re-concentra. Et cette fois-ci, ne lâcha pas le fil qu’elle venait d’attraper, le serrant de plus en plus fort. De surprise, la Lavandière émit un cri étouffé. Mais reprit son attaque de plus belle.
- Je l’ai ! s’écria Shalane, qui commençait à perdre son souffle.
- Dépêche-toi alors, c’est…
Mais la guerrière ne put finir sa phrase, projetée à terre par le spectre. Shalane ne desserra pas sa prise, puisant dans ses dernières forces tout ce qu’elle pouvait trouver. Elle sentit une dernière résistance sur ce fil, celui qui anéantirait leur adversaire. Et que deux options s’offraient à elle : casser… Ou inverser. Elle choisit la deuxième, et « retourna » le fil…
Le temps parut se suspendre.
Lentement, la Lavandière fit marche arrière, sortant de la caverne, pour retourner dans son désert… Sans un bruit, comme dans un rêve.
Epuisées, les deux femmes sortirent à leur tour… Pour apercevoir au loin le vieil Ashtar, qui les attendait aux côtés de Rageur, le cheval de Shalane. Une petite forme se dressait avec eux.
Elles se dirigèrent donc vers les sombres silhouettes, tandis que l’aube éveillait enfin le désert de ses premières lueurs…
- L’épreuve a été passée, annonça le vieil ermite, d’une voix solennelle.
- La mort, oui, grogna Guidora… Je me serais bien passée de ce petit tourment dans mon estomac, dit-elle en passant une main sur son ventre encore secoué de spasmes.
- Quel ennemi avez-vous vaincu ? demanda-t-il, une étrange lueur dans son regard.
- Oh, commença Guidora.
- L’ennemi n’était pas la Lavandière, coupa Shalane. Ni le poison.
- Donc ? insista Ashtar.
Shalane regarda Guidora, pour s’assurer qu’elle avait compris elle aussi. Celle-ci répondit, un tantinet agacée :
- La peur. C’est la peur de l’ennemi que nous avons vaincue. La peur de perdre. La peur de mourir. La peur de la douleur.
- Bien, répondit leur maître, reprenant sa voix habituelle. Et quoi d’autre ?
- Notre ennemi, dans la salle de la caverne, c’était nous. Et seulement nous… Si nous avions cédé à nos propres peurs, nous serions déjà mortes. A moins que vous ne soyez venu nous secourir ? ajouta Shalane.
- La Lavandière a une particularité… Elle ne tue pas les femmes ! Et aurait fini de toutes façons par vous laisser… sourit Ashtar, fier de sa révélation. Je vous aurais annoncé ensuite que votre formation pouvait se continuer, puisque vous aviez survécues…
- Mais alors, l’épreuve ? demanda Guidora.
- Il existe un proverbe en ce monde, répondit-il : « celui qui marche dans les pas d’autrui, ne le dépassera jamais. Celui qui marche dans les pas d’autrui, ne laisse pas ses propres traces. » Aujourd’hui, vous avez vaincu sans mon aide. Il est donc temps pour vous de quitter ces lieux, et de partir en mission.
Se tournant vers la naine qui se tenait à l’écart, le vieil Ashtar déclara : « voici Mandine, une ancienne apprentie. Je l’ai faite quérir pour vous accompagner jusqu’à Delain. Votre monture est prête, vous devez partir immédiatement, sans prendre quoi que ce soit d’autre. Et arrivées là-bas, vous devrez continuer à pied dans les souterrains. »
Encore étourdies par les évènements, les deux femmes saluèrent leur nouvelle amie, aux cheveux en bataille. Et prirent alors le chemin indiqué par leur ancien maître… _________________ Shalane, humaine guérisseuse
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magicbaleine Habitué

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Inversion
La vie au village avait repris son cours… Certaines traces du passage des dragonnets restaient encore visibles, petites plaies pour se souvenir, ne pas oublier… Tous les habitants du Camp de la Nuit ne s’en étaient pas sortis indemnes… C’était leur rendre hommage que de laisser aux yeux de tous, certaines destructions ça et là. Ne pas tout effacer, ne pas tout enfouir au fond de soi.
Le départ précipité de Guidora avait laissé un sentiment… d’impuissance pour certains, qui regrettaient de n’avoir pas eu l’opportunité de lui dire au revoir. Même s’ils comprenaient que cela aurait été difficile, au vu de sa perte partielle de mémoire… Heureusement, le fait que Digar avec l’aide et les conseils de la vieille Taline, avait pu la rattraper et lui apporter un soutien, si court fut-il, les avait un peu rassurés. Au moins savaient-ils où elle était, ce qu’elle faisait : peu se leurraient, ils se doutaient bien qu’après son apprentissage du combat chez Ashtar, elle ne reviendrait pas. Digar l’avait bien spécifié… Mais au moins, n’était-elle pas complètement perdue.
Digar aussi avait changé : cela avait commencé à son retour de la tanière du vieux Maître. Etrangement calme, plus posé qu’à son habitude. Comme s’il avait enfin accepté de lâcher un poids qu’il gardait depuis si longtemps.
Taline savait : le lien tranché de Guidora, son ancienne épouse devenue ensuite sa « sœur de lien », avait crée un vide. Vide qui avait laissé une place pouvant servir de délestage. Quelque chose avait ainsi été happé, décroché en même temps que le lien…
- « Une partie de cette énergie libérée chez Digar, ce trop-plein, a dû passer en Guidora, pensait l'Ancienne. Cela expliquerait comment elle a trouvé la force de tout quitter... Pourtant, Digar n'avait senti la coupure qu'après l'avoir amenée chez Ashtar... Le Seigneur des Eaux a donc fourni à Guidora sa propre énergie pour initier le mouvement, et mettre ainsi en route ce chamboulement. »
Observant Digar au quotidien, Taline reconnut qu'il semblait imprégné d'un peu du "calme" dont Guidora pouvait parfois faire preuve. L'échange semblait donc avoir été à double sens...
- « Comment évolueront-ils désormais tous les deux? Séparés dans tous les sens du terme, mais avec pourtant au fond de chacun une part de l'autre... Digar plus serein, alors que Guidora avait été décrite comme devenue téméraire. »
Ces idées trottaient dans la tête de l’Ancienne, sans qu’elle ne sache encore à quoi tout cela pouvait aboutir… _________________ Shalane, humaine guérisseuse
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magicbaleine Habitué

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Chasse des neiges…
La tempête faisait rage, bourrasques de vent glaçant la peau, même cachée sous les épaisseurs des manteaux… Guidora avançait à grand peine dans le blizzard, presque à l’aveuglette, tenue par une corde enroulée à la taille, commune à sa sœur de lien Shalane… Elle-même encordée encore à Mandine, la naine qui les escortait jusqu’à Delain en longeant les Montagnes Dorées, et en tête de cette expédition.
Or, même si la saison de l’hiver touchait désormais à sa fin, le climat rendait très difficile ce périple. Mais le Vieil Ashtar avait été formel !
« Partez sans attendre, avec pour seul bagage ce que vous avez en mains. » avait-il dit…
Le cheval de Shalane, Rageur, avait été préparé par ses soins. Mais aucune des femmes n’avait pu emporter quoi que ce soit ! Rien pour se défendre…
- « Sans doute la suite de l’Epreuve… songeait Shalane. Nos armes sont restées dans la caverne, et nous en aurions déjà bien eu besoin lors du combat avec la Lavandière… »
Heureusement pour elles deux, Mandine avait acheté en chemin des vêtements plus adéquats au voyage qui les attendait : le Désert des Mille Morts une fois quitté, le paysage se transformait rapidement en zone tempérée, et donc en désert blanc à cette époque de l’année ! Mais elle aussi refusa d’acheter des armes…
- « Le chemin doit se faire ainsi, à mains nues… Tel a été dit, tel sera fait ! bougonnait-elle à chaque fois que Guidora l’interrogeait à ce sujet.
- Mains nues ?ironisait Shalane… Mains emmitouflées plutôt… Mais, j’en suis très contente, merci Mandine, ajoutait-elle rapidement.On ne sait jamais, elle pourrait changer d’avis et même reprendre nos moufles,»chuchotait-elle pour elle-même.
Pourtant, la situation était loin d’être propice à l’humour : le visage caché sous les laines, ne laissant apparaître que des yeux chargés de glace, les trois femmes avançaient lentement, en espérant que les bottes soient encore assez solides et isolantes pour ne pas avoir les pieds mouillés. Ce qui aurait de graves conséquences... Des bottes supplémentaires avaient été d’ailleurs empaquetées dans le barda de Rageur.
Mais ce n’était pas le pire… Guidora, blessée à la jambe, saignait à chaque pas. Le froid avait rapidement « gelé » sa plaie, mais celle-ci se rouvrait sans cesse avec les mouvements dus à la marche. Les goutelettes roses perlaient plus ou moins régulièrement, tachant la blancheur du sol en une piste de premier choix pour les prédateurs du coin…
Et notamment, pour la bestiole qui lui avait causé ce souci ! Mandine n’avait pu identifier précisément la nature de ce qui les avait prises en chasse :
- « Je ne connais pas bien la région au sud du désert. D’autant que c’est la première fois que je la parcours sous la neige. Mais espérons que c’est un carnassier traquant en solitaire….
- Ce ne sont pas des loups, nous les aurions déjà entendus…répondit Shalane, d’une voix qu’elle espéra rassurante. Et je pense pouvoir certifier que cet animal n’est pas en meute. Je ne sens qu’une seule présence aussi… agressive. Mais je peux me tromper, mieux vaut se tenir parées à toute éventual... »
La jeune femme n’eut pas le temps de finir sa phrase, qu’elle fut stoppée net dans son avancée, la corde étant brusquement tendue derrière elle.
Se retournant sans attendre, elle entraperçut la forme de Guidora, recroquevillée au sol ; elle tentait de se relever péniblement, sans prendre appui sur sa jambe blessée. Son épaule s’était également empourprée et une ombre massive évoluait, juste derrière elle…
Poussant un cri de stupeur, Shalane voulut se rapprocher de son amie, mais la corde qui la reliait aussi à Mandine, devant elle, la retint. Un grognement de naine se fit alors entendre. Tout s’enchaîna : Mandine qui déliait comme par magie le nœud, Shalane se retrouvant à nouveau presque libre de ses mouvements (restait la corde de Guidora), et la bête se jetant une nouvelle fois sur sa proie dans un cri strident !
Mais Mandine fut la plus rapide ! Etonnament coriace, la naine bondit contre le flan de la bête, la projetant au sol ! Shalane se précipita alors pour aider Guidora à se relever… Se faisant, elle aperçut au sol une grosse pierre, légèrement dégagée de la neige par la chute de son amie. S’en saisissant après avoir prestement ôté ses gants, elle tenta de l’abattre sur l’animal qui était aussi gros qu’un ours, mais prenant cette fois le temps de vérifier qu’elle avait assez de mou pour se jeter en avant !
La forme blanche accusa le coup, avec un bruit sec précédant son grognement. Probablement l’os avait-il été atteint par Shalane, qui se mit rapidement hors de portée des griffes de la bête enragée par la douleur, ainsi que Mandine. Reculant vers Guidora, elles firent face à la Belette Géante, être sournois qui ne traque qu’en plusieurs étapes, préférant épuiser et répéter les attaques sur sa proie pendant des jours s’il le faut, pour parvenir à ses fins…
Celle-ci fit un bond de côté et disparut dans le blizzard qui hurlait toujours, laissant seules les trois femmes, au milieu d’une neige salie. C'était la deuxième embuscade... _________________ Shalane, humaine guérisseuse
Mandine, naine, oui là en bas !
Guidora, humaine (parfois ourse)
"Quand un homme désire tuer un tigre, il appelle cela sport; quand un tigre désire le tuer, il appelle cela férocité."
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magicbaleine Habitué

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Hors du temps
Rageur portait Shalane sur son dos, sa maîtresse qui soutenait Guidora. Celle-ci commençait à faiblir, mais cela semblait renforcer encore plus ses grognements de mécontentement… Le cheval était guidé dans la tourmente par Mandine, qui marchait d’un pas de plus en plus rapide.
La bête s’était évaporée, mais ce n’était que parti remise. La recherche d’un abri était donc devenue la principale préoccupation de la naine. Depuis quelques minutes, Shalane l’entendait psalmodier de temps à autres une étrange chansonnette… Un moyen de se rassurer ou de donner le change ?
Le ciel commençait à s’obscurcir. Peut-être était-ce un des effets de la fatigue, mais il sembla à Shalane que les rafales ne faiblissaient pas, semblant devenir au contraire de plus en plus vigoureuses !
Rageur avançait de péniblement, fatigué par le poids des deux femmes. Pourtant, ce n’était guère possible de faire descendre l’une ou l’autre.
La naine semblait s’arrêter de plus en plus souvent, cherchant désormais quelque chose de précis. Comme pour trouver la meilleure direction à prendre, de quoi la guider. Quand elle reprenait sa marche, c’était sans hésitations, jusqu’à la pause suivante… Et toujours cette courte ritournelle…
Brusquement, Shalane comprit : c’était un appel ! Pourtant, elle n’entendait aucune réponse pour guider la naine… Mais cette dernière semblait réellement s’orienter sur quelque chose ! Arrivée en haut d’un tumulus de neige, Mandine fit signe de l’attendre, et commença à dégager un monticule informe, pour voir apparaître un tas de cailloux divers. Elle ouvrit alors sa besace, et en sortit une pierre, qu’elle caressa un instant en chuchotant. D’aspect quelconque, elle la posa sur les autres, prononçant quelques mots en langage nain, et les recouvrit à nouveau de neige…
Puis, elle conduisit son équipée vers l’étroite entrée d’une caverne, dégageant quelques rochers avec l’aide de Shalane, descendue pour lui prêter main forte. Elles y conduisirent Rageur, puis refermèrent une fois à l’intérieur, ne laissant que l’ouverture d’origine.
Guidora se laissa glisser du cheval, se rattrapant juste à temps pour ne pas glisser sur le sol.
- J’ignore où tu nous as amenées, Mandine, mais cette caverne est une vraie providence ! Cependant, on n’y voit rien ! Surtout en fermant l’entrée… grommela-t-elle.
Elle entendit alors quelques bruits de pas se dirigeant sans hésiter vers le fond, des affaires qu’on bougeait de place, décrochait, puis une brève lumière apparut dans les mains de la naine, illuminant son visage rond et l’auréolant de douceur. Guidora n’avait jusqu’ici pas remarqué comment les traits de la naine pouvaient être tantôt chaleureux, tantôt rudes. En cet instant précis, elle semblait détendue, et rajeunie. Mais comment savoir son âge, alors qu’elle devait être bien plus vieille en nombre d’années que les humains ? Comment se situait-elle dans la durée de vie de son peuple ? Jeune adulte ? Plus vieille ?
Un feu prenait déjà vie dans un foyer, et une nouvelle ouverture apparut alors au-dessus, pour évacuer les fumées… Un ingénieux système permettait de protéger l’intérieur de la pluie, déviant l’eau par une sorte de tuyau creux, jusqu’à un tonneau pour l’instant fermé. Une fois la protection installée, et le tonneau ouvert, ce dernier se remplirait d’eau petit à petit.
Mandine continuait de s’activer de gauche et de droite, posant divers objets qu’elle rassemblait, vérifiant l’état de certains…
Shalane proposa alors d’examiner les blessures de son amie, à la lueur des flammes. Il s’avéra difficile de retirer les tissus imprégnés de sang, et qui plus est, gelés par le froid. Mandine, voyant faire les deux femmes, les stoppa net :
- Pas tout de suite ! Elle n’a pas perdu trop de sang, sinon elle serait déjà … Elle s’interrompit.
Puisqu’elle tient encore le coup, nous attendrons que la glace fonde un peu. Mais pas trop, sinon l’humidité n’arrangera pas ses plaies ! Voici de quoi la soigner. En attendant, il faut qu’elle se rapproche du feu.
Elle exhiba un pot contenant un onguent à l’odeur forte, malgré le froid qui aurait dû le geler…
Entendant Rageur piaffer d’impatience, Shalane se dirigea donc vers lui, pour lui ôter sa selle. Et fut surprise de le trouver à côté d’une couche de paille étendue au sol. Du fourrage attendait dans une caisse, ouverte quelques minutes auparavant par la naine. La jeune femme remplit donc l’auge qu’elle découvrit à côté de sa monture.
- Tu as déjà trouvé ton coin, toi ! Tout est prévu ici pour le passage des voyageurs ? demanda-t-elle à Mandine.
- C’est une cachette naine. Notre peuple en dissémine un peu partout dans les montagnes, ou les tumulus. Seul un nain peut en connaître l’emplacement exact, et sans la tempête qui obstruait votre vue, je n’aurais pas eu le droit de vous mener jusqu’ici… Nous avons de la chance, la réserve de bois n’a pas été trop entamée. Nous ne prendrons que le strict nécessaire pour sécher nos fourrures et réchauffer un peu notre blessée.
- Et pendant ce temps, je pourrai récupérer pour donner une bonne leçon à cette satanée bestiole… ironisa Guidora, sachant pourtant que la bête était la plus forte dans son élément naturel. Quoique la guerrière ignorait si la naine était experte dans les armes…
Observant leur nouvelle amie de plus près, en attendant de pouvoir écarter les tissus écarlates, elle remarqua à nouveau ce mélange inhabituel pour un œil humain. Toute la douceur des yeux d’une petite mamie, dans un visage légèrement potelé et apparemment jeune. La voix rude, peu bavarde, on devinait à son allure qu’elle savait manier les armes et se déplacer plus rapidement qu’un humain de sa corpulence ne l’aurait pu…
Même Shalane, pourtant habituée à être attentive, oubliait parfois de vérifier où se trouvait la naine. Quand elle pensait lui adresser la parole, elle se retrouvait souvent face au vide, Mandine étant à l’opposé du dernier endroit où elle l’avait vue, sans qu’elle ne l’ait entendue se déplacer ! Sa petite taille, sans doute… Mais pourtant cela n’expliquait pas tout.
Les murs étaient, pour la plupart, recouverts de dessins et de symboles, aucune écriture cependant. Une certaine intensité s’en dégageait. Comme une force ancestrale, retenue en ses murs, et amplifiée par les formes, les couleurs… C’était apaisant. Revigorant. Par instants, Shalane pensait entendre un lointain murmure de voix profondes.
Une fois les plaies nettoyées et recouvertes de la crème de soins, les trois femmes improvisèrent un repas frugal de restes séchés, sortis de leurs besaces. Shalane referma la caisse de fourrage, pour en laisser suffisamment après leur départ. Les nains voyageaient peu souvent avec des chevaux, c’était étonnant qu’ils aient pensé à leur mettre de la nourriture… Puis elles se couchèrent, appréciant de pouvoir enfin se reposer au sec et dans un semblant de chaleur… Plusieurs jours de marche restaient encore à faire pour rejoindre la cité de Delain.
Guidora resta un moment à contempler les flammes qui baissaient lentement. Dans le crépitement du feu, quelques moments agréables passés auprès de son époux, lui revinrent en mémoire. Elle laissa vagabonder son esprit reposé, après tant de péripéties en un laps de temps si court… Petit à petit, les souvenirs caressaient sa mémoire, reformant doucement les pièces égarées du puzzle.
Songeant qu’il ne lui restait rien de Norlan, qu’il était mort avant qu’ils n’aient eu le temps d’avoir un enfant, elle sentit couler une larme le long de sa joue, qui vint se perdre dans ses cheveux…
Shalane perçut sa tristesse : elle se leva et rejoignit sa sœur de lien. Elle avait oublié combien c’était difficile pour elle d’être aussi réceptive à la peine des autres… Voyageant souvent en solitaire, cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus eu l’occasion d’être confrontée à la douleur. Les deux amies discutèrent un moment, avant de sombrer dans le sommeil.
Une longue file attendait d’entrer, sous le regard du gardien… Voyant arriver la jeune femme, il la regarda de plus près et fronça les sourcils :
- Que fais-tu donc là, toi ? Tu ne devrais pas être ici… Retourne sur tes pas, ce lieu n’est pas pour toi.
Voyant qu’elle restait là, indécise, il ajouta étonné :
- Comment es-tu donc arrivée là ?
- Je l’ignore. Mais si je ne peux entrer et suivre les autres, je resterai là, et attendrais de savoir où aller, répondit-elle.
La jaugeant du regard, le gardien finit par lui faire signe d’entrer…
A l’intérieur, une grande place publique, la foule qui marchait lentement, sans but apparent. Personne ne se regardait, ni ne parlait. Excepté certains personnages qui semblaient s’adresser quelques instants aux autres.
La jeune femme se dirigea vers l’un d’entre eux, une femme assez âgée, qui parlait d’une voix ferme. Au début, celle-ci ne fit pas attention à elle, mais quand elle s’aperçut de sa présence, la vieille l’observa, interloquée :
- Mais qui t’a laissé entrer ? Tu n’as rien à faire en ce lieu !
- Le gardien m’a dit que je pouvais passer malgré tout …
- Hum. Alors vu que tu es là, fais donc un tour rapide. Laisse-moi à présent, je suis occupée.
Regardant autour d’elle, l’invitée inattendue comprit que les personnages qui parlaient, s’occupaient des silencieux ! Du moins tentaient de le faire, car beaucoup n’écoutaient même pas et avançaient comme si de rien n’était...
Elle s’aperçut que certains nouaient un lien particulier, quand un de leurs protégés les entendait. Une question lui vint alors à l’esprit et elle retourna voir la vieille dame, qui l’écouta distraitement, mais répondit d’un signe de tête affirmatif. Le visage de la jeune femme s’éclaira alors… _________________ Shalane, humaine guérisseuse
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Lien du coeur
Un doux rayon de soleil, esquisse du petit matin, vint chatouiller la joue de Guidora : filtrant juste à travers l’ouverture laissée à l’entrée de la caverne, il traversait la salle, comme une main tendue…
Paresseusement, la jeune femme se retourna dans ses fourrures, grogna à l’encontre d’une ou deux pierres mal placées. Elle ouvrit les yeux, et mit un moment à s’accoutumer au mobilier des lieux : une table, quelques tabourets… Des corniches accueillant quelques ustensiles.
Tout était si paisible. La neige au-dehors étouffait les bruits dans un cocon de blancheur.
Même les oiseaux semblaient avoir prix congés… Les souvenirs lui revinrent alors, peu à peu, avec détachement : la Belette Géante et ses attaques, les soins de Mandine… Norlan… Le rêve de cette nuit… Elle sourit. Qu’avait-elle vu d’ailleurs dans ce songe ? Le fil du rêve se perdait déjà, mais elle le rattrapa au vol, et se remémora la scène, pour l’imprimer au mieux dans sa conscience. Ne pas oublier cet espoir…
Rabattant brusquement le manteau qui la recouvrait, elle se redressa, surprise de n’avoir pas plus de mal à se lever après les deux blessures subies. Le baume de la naine avait fait des merveilles. Elle examina ses premières marques de combat : placées comme elles étaient, bien peu de monde les verrait.
- « Au moins ça de gagné, pensa-t-elle. Mais je devrais être plus vigilante, pour éviter de me promener avec des cicatrices disgracieuses et voyantes… »
Après avoir réchauffé de l’eau pour l’infusion matinale, Guidora s’occupa un peu du cheval de sa Sœur de lien. Puisqu’elles devraient le confier en arrivant à Delain, elle voulait encore profiter d’un peu de complicité avec l’animal. Durant le séjour chez le Vieil Ashtar, la guerrière s’était prise d’affection pour Rageur…
- J’aimerais être certaine que la Belette ne nous prendra pas de nouveau en chasse, après sa blessure. Je vais sortir et capturer quelques proies pour elle. Ainsi, nous les lui abandonnerons en chemin, s’il lui venait l’idée de poursuivre malgré tout sa traque… expliqua Mandine, en buvant sa tisane.
- De mon côté, je chercherai son lien de vie. Si je le trouve, peut-être que je pourrais la repousser quand elle nous attaquera de nouveau. Ou du moins sentir sa présence, pour éviter d’être encore surprises, ajouta Shalane. Ne crains-tu pas de tomber face à elle ?
- Elle ne pourra pas s’approcher de notre caverne, répondit-elle avec un sourire mystérieux. J’ai fait ce qu’il fallait pour ça…
La naine partit, rapidement emmitouflée. Pendant ce temps, Guidora rangeait les derniers ustensiles, vérifiait les liens de Rageur, pour être prête à l’harnacher dès son retour.
Assise à même le sol froid de la caverne, Shalane se détacha du va-et-vient des préparatifs et visualisa la Belette géante. Elle la sentit assez loin pour ne pas être inquiétée. Profitant du moment, elle se connecta quelques instants à ce lieu de vie en repos hivernal. Perçut quelques balbutiements, des êtres qui devinaient son contact partiel… Survolant une dernière fois le périmètre qu’elle avait pu couvrir, elle rouvrit les yeux : Mandine et Guidora attendaient aux côtés de Rageur, déjà tout équipé.
- Si vite ? Je n’arrive pas à maîtriser la notion du temps lorsque je … commença-t-elle.
- Allez, c’est bon ? En route alors… répliqua Mandine sans attendre.
Shalane ne put s’empêcher de tirer la langue à la naine, qui lui répondit d’un léger sourire. Celle-ci commençait à s’attacher à ces humaines…
L’équipée reprit donc sa route. En passant, Mandine récupéra la pierre posée à leur arrivée, en marmonnant une nouvelle fois dans sa langue natale.
La traversée de la forêt fut par la suite bien plus tranquille : la tempête n’était plus qu’un lointain souvenir, et toutes s’étaient dorénavant habituées à marcher plus aisément dans la neige.
De temps à autres, Shalane filtrait les liens de vie autour d’elle, vérifiant ainsi que nul danger imminent ne les guettait. Une force se dégageait... De plus en plus forte, en provenance des arbres de la forêt... Un peu comme ce qu’elle avait ressentie dans le désert des Mille Mort.
Souriant devant l’espièglerie qui se manifestait par moments, la jeune fille en vint à ne plus penser du tout au lien de la Belette Géante… _________________ Shalane, humaine guérisseuse
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Souvenirs
Alors que la nuit déposait sur terre son manteau d’obscurité, les trois voyageuses entreprirent de dresser leur camp pour la nuit… Toujours en plein cœur de la Vieille Forêt, le temps semblait suspendre l’écoulement de la vie. Etait-ce dû à la saison, ou bien au charme des lieux ? Loin des civilisations, la magie de la Forêt pouvait prendre son essor, se développer comme nul ne le verrait jamais ailleurs.
La vie bruissait malgré le froid engourdissant : petite galopade de lièvres, les branches des arbres qui se déchargeaient de la neige, un envol d’oiseau nocturne… Tout était si paisible, qu’il en était facile d’oublier le danger de certains animaux sauvages.
Pourtant, Mandine ne pouvait se le permettre : voyant que ses amies humaines n’avaient pas vraiment conscience des pièges que recelait un tel décor, la naine restait sur ses gardes plutôt deux fois qu’une !
Shalane était la plus distraite de ses deux compagnes de route : un peu trop sensible à la féerie qui se dégageait ? Ou peut-être avait-elle bien raison, après tout. Peut-être que les bêtes dangereuses occupaient un autre secteur ? Pourtant, le cœur de la Forêt était d’habitude le plus risqué de tous…
- Restez bien sur vos gardes, les filles ! Marmonna-t-elle. Ce n’est pas une promenade champêtre ! Et souvent, un lieu si magnifique cache les pires dangers. Bien pour ça qu’il reste si beau, peut-être ? Parce que personne n’ose venir troubler sa tranquillité…
Alors que chacune s’activait pour préparer le feu, et sortir les provisions, une silhouette s’avança silencieusement vers elles, quittant le couvert des arbres.
Le visage, proche des demi elfes, était dissimulé par une épaisse toque de fourrure. Plusieurs peaux de différents animaux composaient ses vêtements, et seule une besace l’accompagnait. S’arrêtant à quelques pas du campement, à un endroit bien visible, il attendit patiemment, bien campé sur ses jambes.
Mandine fut la première à s’apercevoir de sa présence. Elle fronça immédiatement les sourcils : l’attitude de l’inconnu semblait indiquer qu’il était capable de riposter à tout geste menaçant de leur part, malgré l’absence d’armes visibles. Au moins étaient-ils à égalité sur ce point…
Quant à Shalane, elle écarquilla les yeux de surprise et saisit le bras de Guidora pour lui montrer l’invité qui venait d’arriver ! Elle n’avait pas senti sa présence…
- Méfions-nous, chuchota-t-elle à sa Sœur de Lien. Je n’arrive pas à saisir son fil de vie… Pourtant, depuis que je m’entraîne, j’ai toujours senti ceux des gens proches de moi, même le Vieil Ashtar. Seules certaines créatures puissantes me causaient du souci.
- Peut-être notre Maître n’avait-il aucune raison de t’en empêcher… Serait-ce possible de bloquer volontairement le contact ? répondit la guerrière.
Les voyageuses convergèrent prudemment vers le nouveau venu, sans geste hostile. Avec la pénombre, difficile d’entrevoir son expression. Néanmoins, il aurait déjà pu les attaquer, sans se montrer, s’il l’avait voulu. Alors…
- Soyez les bienvenues en ces lieux, Mesdames ! Je suis un pèlerin de cette forêt qui vous a accueillies, annonça-t-il d’une voix aux étranges accents.
Mandine pouvait désormais mieux l’observer : cette vision nocturne des nains lui donnait un avantage, dont elle n’allait pas se priver… Quant à Shalane, quelque chose lui sembla familier, mais cette impression resta fugitive et se dissipa rapidement.
- Puis-je espérer vous tenir compagnie, et me réchauffer auprès de votre feu ? continua-t-il. Nous pourrions profiter de cette rencontre pour échanger quelques histoires, au cours de la veillée. Je ne vois pas grand monde par ici, et encore moins qui osent s’y aventurer désarmé, ajouta-t-il d’une voix moqueuse.
- Très bien, voyageur ! Venez nous rejoindre, répondit Mandine. Les nains ne refusent jamais l’hospitalité à qui la demande poliment…
S’asseyant tous autour du feu, Guidora découpa quelques tranches dans le dernier pain, pendant que Mandine préparait le petit gibier chassé au matin. Puisque cela n’avait pas servi pour distraire la Belette…
Shalane, n’arrivant pas à définir ses origines, le questionna et lui demanda son nom. L'homme resta évasif.
Finalement, une fois le repas commencé, Mandine fut la première à offrir son histoire favorite… Guidora et Shalane furent très intéressées, car c’était la première fois que leur compagne de route évoquait son passé.
- "J’étais à l’époque en formation auprès de votre Maître, le Vieil Ashtar. Il pensait m’avoir enseigné les rudiments du combat à l’épée, et souhaitait me faire apprendre la suite auprès d’un Maître nain…
Alors, prenant congé du Désert des Mille Morts, nous avons pris la route de Valmur, une petite cité naine. Le Maître nous attendait sur place. A notre arrivée, nous avons rejoint sans attendre le cours, qui avait déjà commencé. En attendant qu’il n’ait fini, nous nous sommes installés tous deux pour observer les élèves et leur professeur, un vieux nain bourru à la voix sèche.
Je finis par repérer une petite naine d'aspect quelconque, voire même pas très soignée dans ses choix vestimentaires. La seule femme du groupe... Un peu insolite de la voir au milieu de tous ces combattants aguerris, aussi sûrs d'eux que leur force et leur expérience des combats les y autorisaient.
Visiblement, elle devait assister à son premier cours ici, tout comme moi, car beaucoup la dévisageaient.
Je les vois encore, s'écartant prestement mais poliment d'elle, avec parfois une courbette gracieuse, dès qu'elle s'approchait d'eux.... Pas l'habitude de se battre contre une des leurs. Il lui faudrait du temps pour se faire accepter sur ce terrain-là. D'autres clans pratiquaient les combats mixtes, mais ici le Maître s'était apparemment toujours cantonné à ne former que des représentants masculins.
Le malaise de certains traduisait peut-être leur crainte de blesser une plus faible, bien qu'ils avaient déjà l'habitude de doser leur force face à leurs compagnons. Peur de l'inconnu? Anormal pour eux d'affronter celles qu'ils considèrent devoir protéger habituellement ?
Alors, elle se joignait silencieusement à un groupe déjà formé, qui avait attaqué la mise en pratique. Mais dès qu'elle s'avançait un peu plus près pour participer, l'un des guerriers déclenchait son moulin à paroles, noyant alors la pauvre naine sous un flot continu de prévenances et de mises en gardes infinies...
Je ne suis pas sûre qu'elle accordait autant d'importance qu'eux à ces préliminaires, néanmoins elle les écoutait, regardant avec sérieux son interlocuteur.
Alors que le Maître interrompait le dernier exercice, elle se dirigea tranquillement vers lui, chose inouïe car la coutume voulait que ce soit LUI qui désigne son adversaire... Non l'inverse. Peut-être par bravade, toujours est-il qu'au milieu de tous les discours à son attention, personne ne s'était soucié de l'en informer !
Celui-ci la regarda s'approcher...
Exécutant alors le salut rituel, avec un léger temps d'avance sur elle, il lui céda sa place dans l'instant... Et s’assit modestement à côté d’elle, une fois qu’elle lui fit signe de s’installer, à la stupéfaction générale…
Je compris alors, QUI était vraiment le nouveau Maître dont Ashtar m’avait parlé…" _________________ Shalane, humaine guérisseuse
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